Le livre Un Cours En Miracles pose un choix sans compromis : l'ego ou Dieu, et l'on ne peut pas tenir les deux. Choisir l'ego, c'est oublier Dieu; choisir Dieu, c'est oublier l'ego. Rien de plus simple en apparence, et rien qui heurte davantage l'évidence : le corps serait illusoire, quand toute mon incarnation dit le contraire, le genou qui craque, la faim de midi, le plaisir d'un bain chaud.
Mais le choix n'est pas symétrique, et tout se joue là. Choisir le corps plutôt que l'esprit, c'est choisir l'ego, et l'ego ne peut pas inclure l'esprit, puisqu'il le nie pour exister : qui se croit un corps ne voit que le corps. Choisir l'esprit, en revanche, ne revient pas à rejeter le corps, c'est savoir qu'on est l'esprit qui regarde le corps, et non l'inverse. L'un exclut, l'autre englobe. Ce n'est pas une guerre entre deux termes, c'est une hiérarchie — et seul le terme supérieur peut contenir l'autre sans s'y réduire.
Le Cours précise d'ailleurs, à sa manière toujours plus radicale, que ce n'est pas l'esprit véritable, ce que Dieu a créé, qui fait l'expérience du corps — celui-là ne sait rien du rêve —, mais le mental, la part qui décide et qui rêve. Le corps, lui, est neutre. Ni ennemi ni demeure, il prend le sens du maître sous lequel on le regarde : pour l'ego, il est la preuve de la séparation; pour le Saint-Esprit, un moyen de communication, une salle de classe provisoire. La question n'est donc pas « le corps ou l'esprit », mais « quel maître pour regarder le corps ».
Et cette asymétrie a une conséquence qu'on remarque peu, celle qui fait l'objet de ces pages : qui a choisi le corps est condamné à le prendre au sérieux, puisque c'est tout ce qu'il croit être; qui a choisi l'esprit peut l'habiter avec légèreté, en jouir, en sourire, sans jamais le renier. Le corps-bunker ne se moque pas de ses murs. Le corps-salle de classe peut rire de ses pupitres.
Choisir l'esprit n'enlève rien au corps; choisir le corps enlève tout à l'esprit.
Reste à savoir d'où vient ce sérieux. Un cours en miracles y répond par une phrase qui ressemble moins à une doctrine qu'à la chute d'une blague : dans l'éternité s'est glissée une minuscule idée folle, et le Fils de Dieu a oublié d'en rire. Tout le reste — le monde, le temps, le corps, la culpabilité, les douze cents pages et les 365 leçons — découle de cet oubli. On a beau chercher plus grave, il n'y a rien de plus grave dans le système : la catastrophe originelle n'est pas une faute, c'est un manque d'humour.
On peut trouver ça léger, et c'est exactement le propos. Car si l'on demande au Cours pourquoi le rêve a été fabriqué — fabriqué, et non créé, la nuance est la sienne : créer est le propre de Dieu, qui étend ce qu'il est, fabriquer est le propre de l'ego, qui produit des substituts —, il répond par un mot, la spécialité. Le Fils avait tout, il a voulu davantage que tout, c'est-à-dire autre chose, c'est-à-dire être l'auteur de lui-même; ce que le Cours appelle le problème d'autorité tient en une question d'enfant à qui l'on a tout donné : et si c'était moi qui m'étais fait ? Le monde est la réponse imaginaire à cette question, un endroit où je suis séparé, distinct, remarquable, et donc enfin quelqu'un.
Le reste suit avec la rigueur d'une mécanique d'horloger. L'idée prise au sérieux devient faute, la faute devient culpabilité, la culpabilité attend sa punition, et pour échapper à la punition on se fabrique une cachette — le monde, le corps, cet abri où Dieu, croit-on, ne viendra pas nous chercher. Le rêve n'est donc pas seulement l'accomplissement d'un désir, il est aussi la défense contre la culpabilité que ce désir a fait naître, et c'est pourquoi l'ego tient tant au corps : il est à la fois la preuve que la séparation a réussi et le bunker contre ses conséquences.
Tout a commencé par un sérieux. Tout peut finir par un rire.
Le sérieux n'est pas un trait de caractère, c'est la condition d'existence de l'ego, et le Cours le montre par sa distinction la plus féconde, celle du péché et de l'erreur. Le péché est une faute réelle, qui a abîmé quelque chose et réclame un châtiment; l'erreur est une méprise, qui ne réclame qu'une correction. L'ego a besoin que la séparation soit un péché, car un péché est grave, donc réel, donc il justifie la culpabilité, la peur, la cachette, toute l'économie du monde — une erreur, au contraire, ne justifie rien, on la corrige et on passe. Rire, c'est refuser à l'idée de séparation le poids qu'elle réclame pour exister.
D'où la réponse, qui a l'air d'une esquive, que le Cours donne à qui demande pourquoi il faudrait choisir entre l'ego et Dieu : Dieu ne demande rien. Il ne sait rien du dilemme. Le choix n'existe que parce qu'on croit avoir déjà choisi contre lui, et ce qu'on fait maintenant n'est pas un choix originel mais un re-choix, une correction; on ne choisit pas Dieu, on cesse de choisir contre lui — ce qui est beaucoup moins héroïque, et tant mieux, l'héroïsme étant encore une manière de se rendre important.
Et si l'on pousse jusqu'au bout, si l'on demande comment l'impossible a pu se produire, comment ce qui est un a pu rêver qu'il était deux, le Cours refuse de répondre : ça ne s'est pas produit. On peut y voir le point faible du système, l'équivalent de ce qu'est le problème du mal pour la théologie classique, et dans la langue de la théologie le reproche porte. Mais il y a une autre façon de l'entendre — demander gravement comment le rêve a commencé, c'est le prendre une deuxième fois au sérieux, refaire en philosophe l'oubli qu'on avait fait en Fils. On ne cherche pas l'origine d'un cauchemar, on se réveille, et l'on rit en se réveillant.
La question de l'origine de l'erreur, c'est l'erreur qui recommence avec un air savant.
Ce rire n'est pas la moquerie. C'est celui du dormeur qui sort d'un cauchemar : il était poursuivi, terrifié, le cœur battant, et soudain il constate que rien de tout cela n'a eu d'effet, que les draps sont les draps et que la chambre est la chambre. Il ne rit pas de la peur qu'il a eue — elle était bien réelle, comme peur —, il rit du soulagement de découvrir qu'elle portait sur rien. Rire de l'erreur, c'est reconnaître qu'elle n'a rien changé à ce qu'on est.
C'est en ce sens que le pardon, tel que le Cours l'entend, n'est pas un effort moral mais une légèreté retrouvée. Pardonner, ce n'est pas excuser une faute en serrant les dents, c'est cesser de la prendre au sérieux au point d'en faire un péché, chez l'autre comme chez soi, et le pardon du Cours ressemble beaucoup à un rire qui aurait appris la douceur.
On ne pardonne pas du haut de ses grands chevaux; on pardonne en en descendant.
Il faut pourtant préciser la cible, parce que c'est là que la doctrine peut virer au cynisme et qu'on la retourne contre elle-même avec une facilité suspecte. On rit de l'idée folle, jamais de la souffrance de ceux qui la vivent. Le Cours insiste d'ailleurs pour qu'on ne nie pas la douleur au niveau de la forme : celui qui souffre a besoin de douceur, de soin, parfois d'un médicament, pas d'un sourire métaphysique posé sur sa détresse comme un couvercle. Le rire s'adresse à la cause, jamais à ses effets chez l'autre.
Confondre les deux, c'est ce qu'on appelle aujourd'hui le contournement spirituel — rire du malheur d'autrui en prétendant rire de l'illusion —, et c'est l'ego lui-même qui se déguise en éveil, l'importance personnelle qui s'est trouvé un costume de sage, cette infatuation dont De l'infatuation. faisait l'ennemi. Le critère est simple : un rire qui durcit celui qui rit est un faux rire; le vrai désarme d'abord celui qui rit.
Qui rit de la souffrance des autres n'a pas encore compris de quoi il fallait rire.
Ce rire-là n'appartient pas au Cours. Quiconque a lu Castaneda se souvient de don Juan et de don Genaro pliés en deux, parfois jusqu'à se rouler par terre, devant un Carlos qui prend des notes, s'inquiète, veut comprendre et ne comprend rien. Ils rient presque toujours de la même chose : du sérieux de leur apprenti, de son importance personnelle. Or l'importance personnelle de don Juan et la spécialité du Cours désignent le même obstacle, le moi qui se prend au sérieux, qui veut que son histoire compte et qu'on le remarque; et l'on ne peut pas à la fois rire de soi et défendre sa propre importance — il faut choisir, et c'est le même choix que celui du Cours.
On pourrait croire que ce rire est une technique, une ruse de maître pour déstabiliser l'élève, et il a bien cet effet. Mais ce serait mettre la charrue devant les bœufs. Don Juan rit de bonne foi, parce qu'il marche un sentier qui a du cœur : tous les chemins ne mènent nulle part, dit-il, la seule question est de savoir si celui-ci rend joyeux ou s'il fait maudire sa vie — et un homme qui a fait ce choix n'a plus rien à défendre, il rit tout naturellement. Que son rire ébranle Carlos ne le rend pas calculé; l'effet découle de la sincérité, pas l'inverse. Le guerrier sait aussi se laisser porter, et la folie contrôlée — agir avec impeccabilité en sachant que rien n'importe plus qu'autre chose — ressemble beaucoup à un rire qui aurait appris à marcher.
Le guerrier ne rit pas pour enseigner; il enseigne parce qu'il rit.
La parenté va plus loin qu'un air de famille. Chez don Juan, la récapitulation consiste à revivre chaque relation de sa vie, une à une, pour reprendre les fibres lumineuses qu'on a laissées chez les autres et leur rendre celles qu'on a gardées d'eux. On pourrait lire ces fibres comme de l'énergie au sens presque physique et opposer alors la récapitulation, qui reprend, au pardon, qui reconnaît. Ce serait mal lire Castaneda, chez qui l'énergie et la perception ne font qu'un : le point d'assemblage est le lieu où l'énergie s'aligne pour devenir perception, et le monde n'est qu'une description qu'on nous a apprise à force de nous la répéter. L'énergie que je laisse chez l'autre n'est donc pas une substance égarée, c'est une manière de le percevoir — et reprendre ses fibres, c'est changer de regard sur lui.
L'Aigle s'éclaire alors autrement. On dit qu'il dévore à la mort la conscience des êtres, et qu'il laisse passer le guerrier qui lui offre, par la récapitulation, la copie de sa vie. Je le lis moins comme un prédateur que comme une force d'équilibre : ce qu'il reprend à la mort, ce n'est pas tant la conscience que les fibres qu'on n'a pas su équilibrer, celles qu'on a semées chez les autres et celles qu'on a gardées d'eux, tous les comptes laissés ouverts. Qui les a remis en ordre de son vivant ne lui laisse rien à reprendre, et demeure. La liberté du guerrier n'est pas une évasion, c'est un rééquilibrage : la filiation remise d'aplomb, chaque lien rendu à sa juste place, plus rien de soi retenu chez personne et plus personne retenu en soi. On n'est pas loin du karma, ni du Cours — l'Aigle solde ce qu'on n'a pas équilibré comme la culpabilité retient ce qu'on n'a pas pardonné.
Or qu'est-ce qui retient les fibres chez l'autre ? Pas un lien neutre — une charge : ce que je lui reproche, ce que je me reproche envers lui, la dette qu'on croit avoir l'un envers l'autre, tout ce karma de culpabilité qu'on transporte comme un sac de pierres. Retirer ses fibres, c'est cesser de percevoir l'autre comme coupable ou comme créancier, et c'est exactement le défaire du Cours, dont plusieurs leçons demandent de chercher dans son esprit, une par une, les personnes contre qui l'on garde un grief. Reprendre et reconnaître ne s'opposent plus : on ne reprend son énergie qu'en reconnaissant qu'il n'y avait pas de faute pour la retenir. Qui lit le Cours lentement en fait l'expérience sans l'avoir cherchée — des pans de vie remontent pendant la lecture, des visages, des scènes qu'on croyait réglées, comme si quelque chose récapitulait à notre place.
La structure double se retrouve des deux côtés. Le livre d'exercices le dit dès son introduction : la première moitié défait la façon dont on voit, la seconde fait acquérir la vraie perception. Chez don Juan, la récapitulation défait, puis vient le voir, la perception directe des êtres comme des champs lumineux. Le guerrier libéré du poids de son histoire voit l'énergie, l'esprit libéré du grief voit le Christ en l'autre; dans les deux cas, on ne voit vraiment quelqu'un qu'une fois qu'on a cessé de le voir à travers sa culpabilité. Et ce qu'on éprouve à ce moment-là n'a rien de solennel. C'est du soulagement — c'est-à-dire, à peu de chose près, un rire.
Un grief, c'est une fibre qui n'est pas rentrée à la maison.
On retrouve ce rire presque partout où quelqu'un prétend s'être éveillé. Dans le zen, les récits d'éveil se terminent si souvent par un éclat de rire qu'on finirait par y voir un symptôme, comme si la vérité était trop évidente pour avoir été cherchée si longtemps et que le chercheur découvrait, en même temps que le but, le comique de sa propre recherche — l'homme qui fouillait la maison pour ses lunettes et les avait sur le nez. Hotei, le moine ventru que l'Occident appelle le Bouddha rieur, est devenu la figure populaire de cette légèreté, et sa popularité même dit quelque chose : on a gardé de lui le rire et oublié la doctrine, et c'était peut-être la doctrine. Chez les soufis, Nasreddin enseigne par l'absurde, assis à l'envers sur son âne, le maître qui fait l'idiot pour que l'élève cesse de faire le savant.
Le motif commun n'est pas difficile à dégager, et c'est déjà une leçon : l'éveil ne révèle pas quelque chose de grave et de caché, il révèle que ce qu'on prenait pour grave ne l'était pas. Des traditions qui ne s'entendent sur à peu près rien s'entendent là-dessus, et sur la façon de le montrer — non par un traité, par un éclat.
Le sage ne rit pas parce qu'il a trouvé; il rit parce qu'il n'y avait rien à chercher.
On objectera que tout cela est un syncrétisme commode, qu'on ne marie pas impunément un texte dicté à New York entre 1965 et 1972, une lignée de sorciers du Mexique, des moines chinois et un mollah de légende. Et la différence entre les deux voies principales est réelle : le Cours rit du rêve en s'en éveillant, don Juan rit dans le monde en le traversant avec impeccabilité; l'un se réjouit de découvrir qu'il n'est jamais parti, l'autre aime le voyage. Il n'y a pas lieu de lisser cette différence. Mais elle porte sur la couleur, pas sur la lumière.
DK le disait par une image : la vérité est comme un diamant à travers lequel on regarde; toutes les couleurs qu'il réfracte sont vraies, mais ce qui l'est vraiment, c'est le diamant. L'image a cette force qu'elle ne relativise rien — chaque couleur est vraie parce qu'elle passe par le diamant, et non à côté de lui. Le Cours signe la même chose quand il affirme qu'une théologie universelle est impossible mais qu'une expérience universelle est non seulement possible, mais nécessaire, et qu'il ne se donne lui-même que pour une forme parmi des milliers d'autres. Don Juan voit en vert l'énergie et la liberté, le Cours voit en bleu le pardon et l'éveil, et c'est la même lumière qui passe.
Le piège serait de prendre sa couleur pour le diamant. Ce serait, au fond, la spécialité une dernière fois : ma voie, ma lignée, mon texte, le seul vrai — l'importance personnelle déplacée du moi vers sa tradition, ce qui ne la rend pas moins personnelle. Il y a d'ailleurs quelque chose de franchement comique dans les querelles d'écoles, des gens qui regardent la même lumière à travers des facettes voisines et se disputent pour savoir laquelle est la bonne, et la seule réponse sérieuse à ce spectacle, c'est d'en rire — en commençant par la facette à travers laquelle on regarde soi-même.
Toutes les couleurs sont vraies; aucune n'est le diamant.
Reste une question que le Cours et don Juan ne tranchent pas de la même façon : ce rire, faut-il le gagner ? Le Cours dit que non, ou presque — un peu de bonne volonté suffit, un instant saint, et il tient les voies qui combattent le corps pendant des années pour des détours, parce que combattre le corps, c'est encore croire en lui. Don Juan dit que oui : sans énergie, on ne peut ni voir ni lâcher prise, et le guerrier économise, récapitule, refuse de se disperser. Je penche de son côté, et pour une raison qui n'a rien d'austère : le jeûne et l'abstinence ne sont pas une guerre contre le corps — on jeûne depuis un regard qui n'en dépend plus —, ils font taire le bruit pour que la petite bonne volonté devienne possible. L'ascèse n'est pas le chemin; elle libère l'énergie de l'abandon.
Le Cours n'en est d'ailleurs pas si loin. S'il refuse l'ascèse du corps, il impose une ascèse de la perception, une leçon par jour pendant un an, et la légèreté qu'il promet n'est pas celle du dilettante, c'est celle de qui a déposé un fardeau après l'avoir longtemps porté. Une fois la perception corrigée, il dit même qu'on peut lâcher le gouvernail tout à fait. Encore faut-il avoir les mains assez libres pour les ouvrir. On ne se laisse porter qu'après avoir cessé de ramer contre le courant — et cesser, parfois, coûte plus cher que ramer.
La légèreté n'est pas l'absence de poids; c'est le poids posé.
Si toute l'histoire tient dans une idée folle dont on a oublié de rire, alors le salut tient dans le rire qu'on avait oublié. Ce n'est pas un mépris du monde, ni une dispense, ni une façon de se tenir au-dessus des autres; c'est la découverte, un matin, qu'on s'était pris pour quelqu'un, et que ce quelqu'un, à bien y regarder, était plutôt drôle. Don Juan le savait, Hotei le savait, Nasreddin le savait sur son âne à l'envers. Le Cours l'a mis au commencement de tout, comme on raconte la chute d'une blague en premier pour être sûr que personne ne la rate.
Le contraire du rire n'est pas les larmes, c'est l'offense. On peut pleurer et rire dans la même heure, souvent pour la même chose; on ne peut pas être offensé et rire, car l'offense est la forme la plus quotidienne du sérieux de l'ego, l'importance personnelle prise en flagrant délit. Celui qui s'offusque défend quelque chose — son rang, son image, son histoire —, et il faut s'être pris pour quelqu'un pour pouvoir être offensé.
Or l'offense ne reste jamais là où on la loge. Ce que je perçois d'offensant chez l'autre, je le perçois depuis le maître que j'ai choisi. Sous l'ego, l'autre est un corps qui m'a fait du tort, un coupable, un débiteur, une fibre qui me retient; sous le Saint-Esprit, il est le même Fils que moi, et l'offense que je lui prête est une offense que je me fais. C'est la filiation, et c'est aussi la récapitulation, puisque reprendre ses fibres et retirer l'offense ne font qu'un seul geste. On retrouve l'asymétrie du début : qui regarde l'autre comme un corps ne voit que le tort; qui le regarde comme esprit voit le tort aussi, mais ne s'y arrête pas — et peut finir par en rire avec lui.
Il aurait suffi d'en rire. Il suffit encore. Le Cours, qui le dit ailleurs avec le mot, le dit aussi sans lui, et c'est peut-être le passage qui résume le mieux la filiation :
« Si tu perçois une offense en un frère, arrache l'offense de ton esprit, car c'est par le Christ que tu es offensé et c'est sur Lui que tu te trompes. Guéris dans le Christ et ne sois pas offensé par Lui, car il n'y a pas d'offense en Lui. Si ce que tu perçois t'offense, tu es offensé en toi-même et tu condamnes le Fils de Dieu que Dieu ne condamne pas. Laisse le Saint-Esprit ôter toutes les offenses du Fils de Dieu envers lui-même et ne perçois personne sans qu'il te guide, car Il voudrait te sauver de toute condamnation. Accepte Son pouvoir guérisseur et utilise-le pour tous ceux qu'il t'envoie, car Il veut guérir le Fils de Dieu, sur qui Il ne Se trompe pas. »