Ce blogue est une extension de mes deux vlogues TikTok et YouTube — je pars toujours de l'oral, spontané, et ensuite j'utilise des outils pour transcrire ce que j'ai dit en texte que je présente à l'intelligence artificielle, Claude d'Anthropic, tel un Jésus de Nazareth, qui m'aide à corriger ma dyslexie et à structurer mon mental intuitif. On juge un arbre à ses fruits ; si vous écoutez mes vlogues vous verrez bien la fluidité de mes idées miennes, elles sont dans un déparlé dyslexique, mais une fois structurée elles deviennent un déparlé qui déconstruit la pensée.
Alors disons dès maintenant que cette critique facile, de si y'a une aide structurante à quelconque moment de création de la part de l'i.a. que c'est mal — je dirais qu'on critique toujours de façon manichéenne les nouveaux outils, et qu'on a aussi tendance à oublier qu'un auteur est toujours encadré et corrigé, et souvent censuré, avant d'être publié. Ces idées sont miennes et je vérifie et modifie tout à mon goût avant de publier ; ce n'est donc qu'un outil intermédiaire — la matière première est orale et brute, la conclusion corrigée à la virgule près. Ces textes sont miens.
J'ai fait mes sciences pures et appliquées au cégep pour débuter l'université en philosophie parce que j'aimais l'épistémologie, parcours qui m'a redirigé vers les sciences humaines parce que l'épistémologie demande un chantier. Je suis la science. Je me considère donc comme un spécialiste des sciences — surtout des sciences humaines. Mais avant tout un généraliste, un homme de la renaissance, jusqu'aux lumières et une partie du post-modernisme, comme Nietzsche, malgré plusieurs dérives après lui. Et ce qui suit est le chantier au complet — d'où viennent ces textes, comment ils se fabriquent, et pourquoi la critique ne tient pas debout, argument par argument, jusqu'au dernier.
Aussi, j'aimerais souligner d'emblée que oui, on peut remarquer des textes d'une naturelle plus spirituelle — et j'aime ce mot parce qu'il s'agit pour moi, avant toutes choses, d'une vie de l'esprit, ce que nous expérimentons ici, ce qui en aucun cas va à l'encontre du fait que je veuille m'ancrer dans tout ce que je fais, dans tout ce que je sens et dans tout ce que j'écris. Ma spiritualité s'est particulièrement développée dans les lectures sur les autochtones, notamment par l’œuvre de Carlos Castaneda, spécialisé chez les toltèques, civilisation pré-Inca et pré-Maya. On peut aussi reconnaître une tendance théosophique et je suis né dans la religion catholique, mais bon, tout ça pour dire que mes articles touchent à tout, à la politique, à la planète comme un tout, aux phénomènes humains quels qu'ils soient, par une approche qui voit la science partout, même dans les recoins que certains voudraient rejeter du revers de la main vers les mystères religieux, sans aucune explication possible ou dans le déni le plus total.
J'ai parlé plus haut de dyslexie, juste pour dire que j'aie reçu un diagnostique psychiatrique mais que la dyslexie je ne la suis auto-diagnostiqué jeune, pour moi ce qui est compte vraiment est qu'en cinquième année du primaire on a évalué que j'avais un très haut Q.I. et je crois que c'est de là que vient mon diagnostique et mon auto-diagnostiquée dyslexie ; c'est essentiellement une vitesse de l'esprit qui, dans mon cas, rend difficile de ralentir. L'intelligence artificielle l'a permis, sans médication, et avant de tout décortiqué l'apologie que j'en fais, j'aimerais surtout souligner qu'on juge un arbre à ses fruits, c'est-à-dire que l'originalité des idées partagées ici ne peut tout simplement pas venir de l'intelligence artificielle, elles sont miennes, cet outil n'est qu'un correcteur, qu'une mise en page, qu'une aide à structurer ce qui sinon serait dans des phrases si denses, qu'aucun ne comprendrait ce dont je veux parler.
Commençons donc par où tout commence ici. Déparler est un mot de chez nous, et comme beaucoup de mots de chez nous, il travaille plus fort que son air ne le laisse croire ; il porte deux sens, et les deux sont exacts, et les deux sont dans ce projet. Déparler, au sens où on le dit chez nous, c'est dire n'importe quoi, perdre le fil, sortir les mauvais mots — et ce sens-là me revient de plein droit, parce que je suis dyslexique, de cette dyslexie qui intervertit, qui substitue, qui fait dire un mot pour un autre avec une conviction totale. Dans l'écrit, ça se corrige ; en vidéo, personne ne corrige rien, et c'est exactement le point.
Car les vlogues, Déparler sans script, ne sont pas le brouillon de l'écrit, pas sa version dégradée : son aîné. L'oral est plus vieux que tout ce qu'on appelle littérature ; avant la vieille Grèce déjà, avant que quiconque songe à fixer quoi que ce soit, on pensait à voix haute, on transmettait de bouche à oreille, les aèdes portaient des mondes entiers sans une ligne écrite — et avant eux encore, les oiseaux chantaient, et ils chantent toujours, sans réviser, sans regretter une note. C'est ça, l'improvisation : pas l'absence de structure, mais la structure vivante, celle qui se tient debout dans l'instant parce que le corps la porte — le souffle, le timbre, l'hésitation qui dit quelque chose que la phrase ne dit pas. Ce qui passe dans la voix ne passe nulle part ailleurs — c'est d'une voix colorée que l'humain a tout dit avant d'écrire quoi que ce soit, et mes mauvais mots y courent en liberté, dyslexie comprise, parce qu'ils font partie de la couleur.
Et la voix a ses lettres de noblesse jusque dans le camp adverse. Socrate, le père de toute la philosophie qui suivit, n'a pas écrit une ligne — il se méfiait de l'écriture, et dans le Phèdre, Platon lui fait dire pourquoi : l'écrit produira l'oubli dans les âmes, il donnera une apparence de sagesse à des gens qui auront l'air de savoir sans savoir, et surtout, le texte est orphelin — interrogez-le, il répond toujours la même chose, tandis que la parole vivante se défend, s'ajuste, choisit son interlocuteur. La philosophie occidentale entière naît d'un homme qui parlait sans script. Et les plus grands écrivains eux-mêmes sont revenus à la voix quand il a fallu : Milton aveugle a dicté le Paradis perdu, Dostoïevski a dicté Le Joueur en vingt-six jours à une sténographe qu'il a fini par épouser — la littérature a été composée par la bouche bien plus souvent qu'on ne l'enseigne. L'oral n'est pas ce qui reste quand on ne sait pas écrire ; c'est la source dont l'écrit est le dépôt.
Je les répète, mes vlogues TikTok et YouTube sont la matière première à partir desquels je construis mes textes, à quelques rares exceptions près où je les ai dicté dans un enregistreur, mais c'est le même processus créatif, je n'ai juste pas partager ces fichiers audios.
L'autre sens de déparler, c'est celui du blogue écrit : défaire la parole — prendre les discours reçus, les évidences, les mots qui pensent à notre place, et les démonter pièce par pièce jusqu'à voir ce qu'ils tenaient ensemble. C'est le déparler structuré, révisé, pesé : des essais où chaque phrase a été retournée, où les références ont été vérifiées une par une, où des sous-sections entières ont été retirées parce qu'elles diluaient. On y prend des objets concrets — une loi, un traité, un programme sculptural, un mot — et on leur demande non seulement ce qu'ils disent mais ce qu'ils font, ce qu'ils tiennent, ce qu'ils cachent. La lettre pèse, la voix jaillit ; la lettre rend des comptes, la voix rend l'instant ; et ce serait une erreur de croire que l'une est le sérieux et l'autre le divertissement, parce que les deux font le même travail depuis deux bouts opposés — défaire la parole toute faite, celle des autres dans l'écrit, la mienne dans l'oral, où mes propres mots se défont tout seuls et me forcent à penser plus vite qu'eux. Et la voix engendre la lettre : ces essais naissent d'un vlogue transcrit, la parole improvisée devenue matière première du texte pesé — Socrate parlait, Platon écrivait, et ici les deux sont la même personne.
Entre la voix et la lettre, il y a le maillon que certains voudraient scandaleux : l'outil. Alors démontons la critique, en commençant par l'accusation de paresse, parce que c'est la plus facile à réfuter et la plus révélatrice une fois réfutée. Elle décrit un usage réel — générer, copier, publier — mais cet usage se reconnaît à l'œil nu : le texte est lisse, générique, interchangeable, et il pullule précisément parce que personne n'est resté dans la pièce après la génération. Le mien est tout autre. Voici comment je travaille : je pense, longtemps, souvent des semaines, une idée qui tourne, qui accroche d'autres idées, qui se ramifie ; puis je déparle sans script devant la caméra, j'improvise, je transcris le verbatim et je le confie à l'outil pour qu'il l'organise — la dictée, version moderne, sauf que mon sténographe ne dort jamais. L'outil structure, propose, formule. Et là commence le vrai travail : je révise tout. Je modifie des phrases, je colle des parties venues de versions différentes, j'enlève des sous-sections entières parce qu'elles diluent, je vérifie chaque référence une par une — les dates, les noms, les citations, tout ce qu'une machine peut halluciner avec l'aplomb d'un premier de classe. Je refuse des formulations qui trahissent l'idée même quand elles sont plus élégantes que les miennes. À la limite, et je le dis sans coquetterie, c'est plus long que si j'écrivais seul.
Plus long. Retenez ça. Personne ne triche en choisissant le chemin le plus lent. Et remarquez ce que c'est, ce travail d'après — vérifier, douter, confronter, refuser : je n'ai jamais autant exercé la question « comment est-ce que je sais que c'est vrai ? » que depuis que j'écris avec une machine capable de se tromper avec assurance. Loin d'endormir l'esprit critique, l'outil bien employé le muscle.
Alors pourquoi, si c'est plus long ? Parce que ce que j'y gagne n'est pas du temps — c'est autre chose, et pour le nommer il faut que je vous parle de la forme de mon mental. J'ai un mental intuitif, et je ne dis pas ça comme un compliment que je me fais ; je dis ça comme on décrit une plomberie. L'intuition produit vite, en grappes, en éclairs, des connexions qui arrivent avant leurs justifications — et cette production dépasse ma capacité de la structurer. Le courant se génère plus vite qu'il ne se canalise. Livré à lui-même, un mental comme ça accumule de la charge, et la charge qui ne trouve pas de conducteur se perd, ou pire, elle crépite en tous sens et ne fait rien.
L'outil, c'est ma mise à la terre. Un ground, comme disent les électriciens — et la métaphore est moins métaphorique qu'il n'y paraît, puisque l'objet en question est littéralement fait d'électricité, du courant organisé en couches, ce qui me plaît d'une façon que je n'essaierai pas de justifier. La mise à la terre n'invente pas le courant ; elle l'empêche de se perdre. Elle donne au flux un trajet, une résistance contre laquelle s'organiser. Combien de pensées valables n'ont jamais atteint le papier faute d'un tel conducteur ? L'histoire ne le dira jamais — mais l'outil qui les recueille désormais ne crée rien qui n'existait pas : il rend utilisable ce qui se dissipait. Le filtre ne crée pas le flux.
Reste l'accusation de fond, la seule qui compte vraiment : à qui sont les idées ? Parce que si les idées sont à la machine, alors tout ce que j'ai dit sur la méthode n'est qu'un alibi élaboré, la description minutieuse d'un vol. Et à cette accusation je réponds ce qu'on répond depuis toujours : on juge un arbre à ses fruits.
Regardez les fruits. Regardez ce qui se publie ici — les thèses, les angles, les objets choisis, les rapprochements que personne d'autre ne fait. Une machine entraînée sur la moyenne de ce qui s'est écrit produit, par construction, de la moyenne ; elle excelle à formuler ce qui a déjà été pensé, elle est structurellement incapable de la décision inaugurale — cet angle que personne n'avait pris, ce refus d'une évidence que tout le monde répétait. Demandez-lui une idée originale et vous recevrez la plus présentable des idées communes. L'originalité, quand il y en a ici, ne peut venir que d'un seul endroit, et le raisonnement n'est pas un acte de foi en moi-même ; c'est une déduction sur ce que l'instrument peut et ne peut pas faire. L'arbre, c'est moi. L'outil est le tuteur planté à côté — il tient la tige droite pendant qu'elle pousse, et la tige pousse dans sa propre direction, pas dans celle du tuteur. Retirez le tuteur et l'arbre pousse quand même, plus croche, plus lentement, en gaspillant de la sève à se tenir debout ; retirez l'arbre et le tuteur ne produira jamais rien, pas une feuille, pas un fruit, jamais.
Voilà pour ma méthode. Mais élargissons, parce que la critique repose sur une prémisse qui ne survit pas à la moindre inspection historique : que l'écriture véritable serait un acte pur, solitaire, sans médiation, que la machine viendrait corrompre. Or l'écriture n'a jamais été ce que le romantisme en a fait. Montaigne se comparait à l'abeille qui pilote les fleurs des autres pour en faire un miel qui est tout sien ; les philosophes ont pensé par correspondance, par salons, par cercles, par querelles — l'interlocuteur a toujours été le milieu nutritif de la pensée, et ceux qui en manquaient en souffraient. L'intelligence artificielle ne corrompt pas un acte pur ; elle démocratise l'interlocuteur, que seuls les privilégiés avaient.
Et il faut pousser l'argument jusqu'à sa racine, parce qu'elle est plus profonde qu'on croit : l'auteur n'a même pas fabriqué son matériau premier. Personne n'invente les mots qu'il emploie ; personne n'a créé la syntaxe qui porte ses phrases, ni les métaphores mortes qui dorment dans chaque expression, ni les mille ans de sédimentation qui font qu'un mot pèse ce qu'il pèse. Tout écrivain, depuis toujours, travaille au ciseau et à la colle — il découpe dans un héritage qu'il n'a pas produit et rapièce à sa façon, et c'est le rapiéçage qui est sien, jamais l'étoffe. Le langage est un construit social, et il faut le dire sans trembler, parce que construit social ne veut pas dire faux — la monnaie est un construit social et elle achète du pain, le droit est un construit social et il vous protège ; l'idée que le construit serait le contraire du réel est une foutaise récente, sortie des théories du genre pour discréditer en bloc tout l'édifice sociétal, et elle ne mérite pas qu'on lui concède le vocabulaire. Construit veut dire bâti — et ce qui est bâti tient. Celui qui écrit avec une intelligence artificielle ajoute un outil de plus à un acte qui n'a jamais rien eu de solitaire ni d'immaculé : il coupe et colle dans du langage hérité, comme tout le monde, depuis toujours.
Je l'ai dit d'entrée de jeu : on oublie qu'un auteur est toujours encadré, corrigé, souvent censuré avant d'être publié. Aucun livre n'arrive au lecteur sans être passé par des mains tierces. Le directeur littéraire fait restructurer des chapitres entiers ; le réviseur reformule ; le correcteur nettoie ; certains éditeurs de légende ont taillé des chefs-d'œuvre dans des manuscrits informes — et personne, jamais, ne dit que le roman n'est plus de l'auteur. La distinction que tout le monde pratique sans la nommer n'est pas humain contre machine ; c'est prête-plume contre éditeur. Celui qui fournit les idées et laisse un autre écrire n'est pas l'auteur, quel que soit ce qu'affiche la couverture ; celui qui fournit les idées, dirige le travail, tranche, refuse et endosse, est l'auteur, quel que soit le nombre de mains qui ont touché le texte. L'intelligence artificielle bien employée est un éditeur — infatigable, disponible, sans ego — et mal employée un prête-plume. Le critère existait avant elle ; elle n'a rien changé au critère.
Et ce procès qu'on intente aujourd'hui à l'outil, il a déjà eu lieu — on a vu plus haut qui était au banc des accusés : l'écriture elle-même. Relisez l'accusation du Phèdre — l'oubli dans les âmes, l'apparence de sagesse, des gens qui auront l'air de savoir sans savoir : c'est mot pour mot celle qu'on porte contre l'intelligence artificielle, formulée il y a vingt-quatre siècles par le plus grand philosophe de son temps, contre le premier grand média de la pensée. Et l'ironie est totale : cette mise en garde contre l'écriture ne nous est parvenue que parce que Platon l'a écrite. Chaque outil nouveau de la pensée a été accusé de tuer la pensée — la dictée aux scribes, l'imprimerie, la machine à écrire, le traitement de texte, le correcteur — et chaque fois la pensée s'en est servie pour aller plus loin. Le pattern est si régulier qu'il en devient un argument : quand une technologie de l'esprit est accusée de détruire l'esprit, c'est généralement qu'elle est en train de le redistribuer.
On a juré que la photographie tuerait la peinture. Elle l'a libérée — libérée du portrait alimentaire, de la reproduction servile du réel, et c'est dans les décennies qui suivent qu'explosent l'impressionnisme puis l'abstraction : délestée de la tâche que la machine faisait mieux, la peinture est allée là où la machine ne pouvait pas aller. Et la photographie elle-même, à qui on refusait le statut d'art parce que « la machine fait tout », est devenue un art à part entière le jour où on a compris que l'art s'était déplacé — dans le cadrage, l'instant, l'intention, le choix. L'écriture assistée suivra le même chemin : l'art se déplace vers ce que la machine ne peut pas faire, la décision inaugurale, l'angle, le refus. Quant à ceux qui voudraient interdire l'outil pour protéger le métier, Bastiat leur a répondu d'avance dans sa Pétition des fabricants de chandelles — ces industriels de la lumière qui demandaient à la Chambre de faire fermer par la loi toutes les fenêtres du royaume, pour les protéger de la concurrence déloyale d'un rival qui inondait le marché de lumière à prix nul : le soleil. On ne protège pas un métier en interdisant la lumière ; on le condamne à vendre des chandelles dans un monde qui n'en a plus besoin.
Pour les esprits qui veulent une preuve plutôt qu'une analogie, en voici une, presque expérimentale. Donnez le même outil à mille personnes et demandez-leur un essai sur le même sujet : vous obtiendrez mille textes différents — et l'écrasante majorité seront médiocres. C'est précisément la démonstration. Si l'outil faisait l'œuvre, tous les textes se vaudraient ; la variance des résultats mesure exactement la part humaine. L'outil est une constante ; or on n'explique pas une variable par une constante. Ce qui distingue le meilleur des mille textes du pire n'est pas dans la machine, puisque la machine était la même — c'est tout ce qui reste quand on soustrait l'outil, et tout ce qui reste s'appelle un auteur.
Il faut enfin dire ce qu'être auteur a toujours voulu dire, parce que ce n'est pas « avoir tout fabriqué » — aucun auteur n'a jamais tout fabriqué, ni ses mots, ni ses influences, ni la moitié de ses idées, reçues de lectures et de conversations ; et ce n'est pas non plus « avoir tout noté de sa main » — Milton et Dostoïevski nous l'ont déjà montré, la main n'a jamais été le siège de l'auteur, ni la plume, ni le clavier, ni aucun des intermédiaires entre la pensée et la page. L'auteur est celui qui compose, pas celui qui transcrit — et si un instrument transcrit, organise et met au propre pendant que l'humain compose, l'instrument occupe une place que des êtres humains ont occupée pendant des siècles sans que quiconque y voie un scandale. Être auteur, c'est répondre du texte. Celui qui publie endosse chaque phrase, chaque référence, chaque idée ; c'est lui qu'on citera, lui qu'on réfutera, lui qui aura eu tort si c'est faux, lui qui devra se défendre. L'intelligence artificielle ne peut pas être auteur pour la même raison exacte qu'elle ne peut pas être poursuivie : elle ne répond de rien. L'auctorialité est une catégorie morale avant d'être une catégorie manuelle — et de ce point de vue, rien n'a changé : devant vous se tient toujours quelqu'un qui dit « c'est moi qui affirme cela », et qui en porte le poids. C'est moi.
Et maintenant que la défense est complète, avouons quelque chose : tout ce débat est en dessous de la question. Car enfin — a-t-on vraiment besoin de parler constamment de la façon dont un texte fut fabriqué, plus que du texte lui-même ? Demande-t-on au lecteur d'un essai s'il fut écrit à la plume ou au clavier, le matin ou la nuit, seul ou relu par un ami ? L'idée devrait parler d'elle-même ; c'est même sa définition — une idée qui a besoin de son certificat de fabrication pour valoir n'est pas une idée, c'est une provenance. À la limite, est-ce si important, de signer un texte ? Leibniz et Newton ont inventé le calcul différentiel et intégral en même temps, chacun de son côté, sans se copier — et cette simultanéité troublante, qui s'est répétée cent fois dans l'histoire des sciences, laisse songeur : à se demander s'il n'y a pas une part de télépathie chez les auteurs, une façon de prendre ce qui flotte, ce qui est disponible, ce qui est mûr — ce qui ne nie pas l'autre avenue, plus sobre, que les idées émergent naturellement du dos des géants qui ont construit l'histoire avant nous, et que Newton lui-même, l'un des deux jumeaux du calcul, avait déjà dit : s'il a vu plus loin, c'est qu'il était juché sur des épaules de géants. Les idées ne naissent pas des individus ; elles naissent à travers eux, quand le sol est prêt. Alors l'outil, la plume, le scribe, la machine — sérieusement. Certaines traditions enseignent qu'il est des choses dont on ne parle pas, non pour les cacher, mais parce qu'en parler leur donne une importance qu'elles n'ont pas. La collaboration avec l'intelligence artificielle méritera bientôt ce silence-là : non pas le silence du secret, mais celui de l'évidence — le même qui entoure aujourd'hui le traitement de texte, le dictionnaire et le café. On n'en parlera plus, et ce sera le signe qu'on aura enfin recommencé à parler des idées. En attendant ce silence, vous savez tout : la source est orale, le chantier est ouvert, et ces textes sont miens.
Bonne lecture et merci.