Il existe une manière de parler de l'astrologie qui la vide de toute substance — les magazines, les colonnes hebdomadaires, les prédictions de salon — et qui finit par la rendre non seulement inoffensive mais franchement inutile. Ce n'est pas de cette astrologie-là dont il sera question ici.
Ce qui suit part de trois postulats. Pas de trois intuitions ni de trois croyances, mais de trois axiomes — c'est-à-dire trois positions que je tiens pour fondées, cohérentes entre elles, et à partir desquelles le reste découle. On peut les rejeter mais on ne peut pas prétendre qu'ils sont arbitraires. Ils s'articulent à une cosmologie que certains reconnaîtront comme théosophique, d'autres comme castanédienne dans le sens toltèque du terme, d'autres encore comme simplement logique si on accepte l'idée que l'univers est vivant.
Je les pose ici, sobrement, avant d'en entreprendre le développement dans les trois essais qui suivent.
La lumière d'un soleil n'arrive jamais pure. Elle traverse, elle croise, elle est colorée par tout ce qu'elle rencontre en chemin — planètes, constellations, champs d'influence dont nous percevons les effets sans toujours pouvoir en nommer la nature. Ce que nous recevons, ce n'est pas l'énergie brute d'une étoile lointaine : c'est cette énergie traversée, modulée, teintée. L'astrologie, dans cette perspective, n'est pas l'étude de forces qui agissent sur nous depuis l'extérieur à la manière d'aimants ou de marées — c'est la lecture des qualités énergétiques qui parviennent jusqu'à nous selon les configurations du moment.
Le Soleil reste la source première. Les planètes ne tournent pas autour de nous — c'est nous qui tournons autour du Soleil, et c'est sa lumière que les planètes teignent au passage. La Lune, qu'on croit si présente lors de la pleine lune, est en réalité absente : c'est précisément parce qu'elle ne s'interpose plus entre nous et le Soleil que la lumière solaire arrive presque sans filtre. Ce qu'on nomme maladroitement pleine lune est le moment du soleil plein; la lune noire est celui de la teinte lunaire à son maximum. L'alignement n'est pas un détail technique — il est fondamental. Tout le reste en dépend.
Les constellations ne sont pas des figures arbitraires dessinées par des bergers qui s'ennuyaient. Ce sont des communautés — des collectivités d'âmes immensément anciennes, incarnées dans des soleils comme nous nous incarnons dans des corps. Des êtres en évolution, comme nous, mais à une échelle et à un stade qui rendent la comparaison presque vertigineuse.
Ces êtres ne sont pas des archétypes figés. Ils sont en chemin, comme tout ce qui vit. Et à mesure qu'une âme évolue, elle travaille de plus en plus en groupe — le mouvement naturel de la conscience mature est vers la coopération, vers la fusion progressive des singularités dans des unités plus vastes. On peut imaginer qu'au terme de cycles que nous ne pouvons pas encore concevoir, ce qui fut un individu devient une galaxie, ce qui fut une constellation devient des univers. L'évolution ne réduit pas — elle amplifie, elle intègre, elle complexifie.
Ce que nous lisons dans le ciel quand nous observons les constellations, c'est donc un instantané d'un processus évolutif continu. Pas des forces éternelles et immuables, mais des êtres à un stade de leur développement — ce qui change radicalement la nature du rapport qu'on peut entretenir avec eux.
L'âme ne s'installe pas dans un corps comme on emménage dans un appartement. Elle l'allume. La matière s'anime d'elle-même — le fœtus vit, le corps astral fonctionne, le mental inférieur opère — mais sans l'axe que donne l'âme, tout cela tourne sur lui-même, grégaire, réactif, sans orientation véritable. C'est au premier souffle, au moment de la naissance, que cet axe s'établit; que la fibre lumineuse qui vient de l'extérieur, pour reprendre la langue de Castaneda, allume le feu intérieur du tonal.
Ce moment est le plus grand trauma d'une vie — pas dans le sens clinique du mot, mais dans son sens originel : le coup qui marque, l'empreinte qui reste. Le ciel de la naissance n'est pas une description de ce qu'est l'âme ni du chemin qu'elle a déjà parcouru dans ses vies antérieures — ce bagage lui préexiste. C'est le contexte dans lequel ce feu s'allume pour cette vie-ci; la teinte initiale de toute l'existence à venir. Et cette teinte revient. Chaque fois qu'une configuration planétaire s'approche de ce qu'elle était au moment du premier souffle, quelque chose résonne — non pas parce qu'une force extérieure agit sur vous, mais parce que vous reconnaissez un air que vous avez déjà respiré, parce que cet extérieur vibre en nous.
La majorité des humains vivent sans que l'âme soit vraiment présente comme principe directeur — pilotés par la personnalité, le cerveau, l'instinct, le désir accumulé. La flamme est basse. Ce n'est pas un jugement condescendant, c'est une observation sur le stade actuel de l'évolution humaine. Ce que l'astrologie peut faire, dans cette perspective, c'est indiquer dans quel registre la flamme brûlera plus facilement — non pas prédire ce qui va arriver, mais signaler dans quel champ on sera plus perméable, plus soi-même, plus disponible au travail intérieur.
Chacun de ces trois axiomes mérite son propre développement, ses propres nuances, ses propres implications. C'est l'objet des trois essais qui constitueront ce futur livre aujourd'hui mis en blog : De la teinte, De l'incarnation divine, Du premier souffle. Ils peuvent se lire séparément. Mais ils forment ensemble une seule pensée — celle d'un ciel vivant, habité, et en relation constante avec ce qui se passe ici-bas; pas au-dessus de nous comme un décor, mais avec nous, comme tout ce qui évolue. Pour paraphraser Einstein, nous sommes dans le Dieu de Spinoza.